
Pour la première fois depuis 1995, les principales centrales syndicales appellent l’ensemble des travailleur·euses à se mettre en grève. Nous, journalistes pigistes, payé·es à la tâche, sommes bel et bien salarié·es des médias qui nous emploient (presse écrite, web, radio, télévision…) et avons donc à ce titre aussi le droit de grève.
Parce que sans nous, pas d’information
Si certains employeurs nous perçoivent comme interchangeables ou jetables, refusant de nous comptabiliser dans leurs effectifs – voire de respecter la loi Cressard, qui impose de nous rémunérer en salaire –, nous sommes essentiel·les à la production de l’information. Sans nous, la plupart des médias verraient leur contenu réduit à peau de chagrin. D’après les chiffres officiels, plus d’un·e journaliste encarté sur cinq est un·e pigiste – et c’est sans compter les camarades qui ne disposent pas de la carte de presse. Nous ne sommes pas quantité négligeable et nous sommes suffisamment indispensables pour exiger de meilleures conditions de travail.
Parce que nous sommes les plus précaires de la profession
Un, deux, sept ou dix ans ? Depuis combien de temps vos tarifs de pige n’ont-ils pas augmenté, tandis que le coût de la vie, lui, explose ? Si le salaire brut médian des pigistes est un peu supérieur au Smic (1951 € contre 3560 € pour un·e journaliste permanent·e), de nombreux camarades ont vu leurs revenus s’effondrer cette année : baisse des commandes, plans sociaux, « réorganisations », fermetures de titres… Nombre d’entre nous doivent désormais cumuler leur activité de journaliste avec un emploi alimentaire. Cela tient avant tout aux très faibles rémunérations de nos piges : certaines plafonnent à 50 € brut le feuillet dans des médias en ligne (où les barèmes minimaux de la presse écrite ne s’appliquent pas), obligeant à fournir un volume considérable de travail pour gagner ne serait-ce qu’un Smic (1867 € brut en 2026) ! Qui plus est, alors que le Smic a augmenté de 35% entre 2010 et 2025, l’inflation cumulée est d’environ 30% sur la même période. Et nos tarifs de pige sont loin, très loin derrière : entre 2010 et 2023, le salaire médian d’un·e journaliste pigiste avec carte de presse a baissé de 14%. Profession : Pigiste est justement en train de développer un outil qui vous permettra de calculer ce que vous auriez dû gagner si vos tarifs avaient suivi la hausse du salaire minimum 👀
Parce que nous sommes un exemple du travail fracturé
Même si nos conditions de vie sont différentes, nous partageons avec d’autres secteurs cette condition particulière où le travail n’est pas défini par une durée horaire, ni par un volume de travail garanti : livreur·euses de colis ou de repas, chauffeur·euses VTC, artistes-auteur·ices, intermittent·es, intérimaires…
Or, dans ces secteurs, des travailleur·euses encore plus précaires et isolé·es que nous ont mené des batailles et obtenu des avancées, notamment par la grève et les actions collectives, y compris pour des personnes en situation irrégulière sur le territoire.
Nous, journalistes pigistes, savons trouver l’information pour produire nos articles et sujets ; nous savons écrire, synthétiser, argumenter et pourtant, nous avons encore du mal à utiliser ces compétences essentielles pour défendre nos propres droits !
Pigistes en grève : mode d’emploi
Pour les plus précaires, la question de la grève est un enjeu aussi vieux que la grève elle-même. Concrètement, si vous êtes pigiste dans l’audiovisuel, cela peut se traduire par une indisponibilité pour des permanences ou des shifts – sans avoir à vous justifier. Pour les pigistes en presse écrite ou web, il suffit de ne pas rendre vos articles et ne pas répondre aux mails ou aux appels professionnels ce jour-là.
Si des journalistes permanent·es du/des médias qui vous commandent des piges décident également de faire grève le 5 novembre, n’hésitez pas à vous rapprocher d’elleux (et de l’organisation syndicale qui mène la bataille, le cas échéant) : par exemple, pour leur rappeler notre existence et demander à mettre en place une caisse de grève spéciale pigistes, financée par les journalistes posté·es, mieux rémunéré·es et qui bien souvent manquent à l’appel lorsqu’il s’agit de monter au créneau pour les pigistes… L’occasion de leur rappeler que la solidarité entre journalistes doit aussi s’appliquer avec celleux qui n’ont pas de place permanente dans les bureaux !
Et pour les personnes hors salariat ou trop précaires ?
La grève n’est pas réservée à celleux qui sont rémunéré·es comme le prévoit le Code du travail, même s’il est évident qu’elle expose encore plus, surtout pour les très petites entreprises de presse où seulement quelques personnes font vivre un média. Mais cette journée peut aussi être un bon moment pour prendre le temps de créer un groupe de discussion sur Signal ou Discord avec les deux-trois collègues pigistes dont on connaît la signature, qui acceptent à contrecœur d’être payé-e en facture ou droits d’auteurs, même si cela les précarise encore plus. Si vous n’osez pas ou avez peur de vous exposer, n’hésitez pas non plus à solliciter le soutien d’un·e amie ou d’une connaissance plus expérimentée que vous dans la défense collective des droits, à contacter un syndicat ou nous mêmes, Profession : Pigiste !
Enfin, si vous n’avez aucune marge de manœuvre ou que vous pensez essentiel d’être sur le terrain précisément ce 5 novembre, personne ne viendra vous le reprocher. D’autant qu’il y a d’autres manière de se mobiliser qu’en faisant grève ou en manifestant dans la rue, par exemple en relayant les informations sur la mobilisation et sur nos droits, au travail comme en-dehors, et en encourageant les camarades et collègues en grève. C’est aussi pour vous et vous droits que nous qui le pouvons irons manifester.
