Rencontre Femmes et médias au CESE : une journée riche en enseignements

Le 25 février 2025, la Journée « Femmes et Médias : Les Rencontres de l’Égalité » s’est tenue au CESE, réunissant journalistes, chercheur·ses et militant·es féministes autour des enjeux médiatiques face à la montée des conservatismes. Organisée par Equipop, Prenons la Une et La Fronde, cette rencontre a mis en lumière les menaces pesant sur les droits des femmes et la démocratie.

Journalistes sous pression : des attaques ciblées

La première table ronde a abordé les attaques contre les journalistes, en particulier les femmes et les personnes LGBTQIA+. Francesca De Benedetti, cheffe du service Europe du quotidien Domani en Italie, a témoigné des entraves croissantes en Italie et du climat hostile pesant sur la presse. Les intervenant·es ont analysé la montée des législations anti-LGBT et la stratégie des États qui se revendiquent prédateurs sur la scène internationale. Christelle Murhula de l’AJAR a notamment dénoncé l’instrumentalisation du féminisme par l’extrême droite, citant l’exemple de Caroline Fourest.

Lors de la deuxième table ronde animé par Virginie Menvielle, co-présidente de Profession : Pigiste, les intervenantes : Colline Folliot de l’AJL, Estelle Ndjandjo de l’AJAR, Sarra El Massaoudi et Carolina Pecharooman, journaliste espagnole, sont revenues sur la banalisation des discours d’extrême droite dans les médias, l’importance de la formation pour  mieux écrire autour des violences et des discriminations. Les intervenantes ont également évoqué le rôle de Gender editor et l’exemple très particulier du cordon sanitaire médiatique en Belgique.

Le journalisme, un contre-pouvoir en péril

Lors de la plénière de l’après-midi organisée par le CESE et animée par Giulia Foïs (journaliste sur France Inter) et Benoit Bouscarel (fondateur de l’Onde Porteuse), Agathe Hamel, Présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité du CESE a souligné la nécessité d’une éducation aux médias tout au long de la vie, au même titre que l’éducation à la sexualité. Salomé Saqué a insisté sur le rôle de contre-pouvoir du journalisme et l’urgence de résister aux attaques contre l’information. Elle a dénoncé la destruction progressive du journalisme aux États-Unis, illustrant ses propos par le refus de la Maison-Blanche d’accréditer l’Associated press après une couverture non conforme à la ligne politique officielle.

Nommer les violences pour mieux les combattre

Johanna Luyssen (journaliste pour Libération) et Souad Belhaddad (journaliste et membre du CESE) ont questionné l’évolution du vocabulaire médiatique : des termes comme « drague lourde » ou « gauloiserie » ont longtemps minimisé les violences sexuelles. L’analyse du backlash conservateur a mis en évidence la nécessité de nommer avec justesse les violences systémiques pour mieux les combattre. Aussi, le témoignage d’Emmanuelle Dancourt de l’association #MetooMedia racontant son parcours et les multiples violences sexistes et sexuelles qu’elle a subies dans sa carrière était édifiant.

Construire un journalisme plus inclusif

Enfin, le réseau Medfeminiswiya a été présenté pour partager des initiatives pour promouvoir l’égalité dans les médias, telles que la féminisation des titres, l’instauration de chartes internes et la formation des journalistes au vocabulaire adéquat.

Cette journée a rappelé l’urgence de défendre un journalisme engagé, rigoureux et libre, capable de contrer les offensives réactionnaires et de promouvoir une information plus juste et égalitaire.